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1. Giorgio de Chirico Le retour du fils prodigue 1922
2. Giorgio de Chirico Le Grand Métaphysicien 1917
3. Maurice Owen Le Grand Métaphysicien selon une équerre à 60°/30° et 45°/90°, bronze, d'après Giorgio de Chirico, Le Grand Métaphysicien, 1917


Railway Stations and Minotaurs: gender in the paintings of Giorgio de Chirico and Pablo Picasso
La tragique accolade qui anticipait le dernier adieu du père se transforme en une étreinte symbolisant un retour et une réconciliation. La série de tableaux qui l’illustre le mieux est Le Retour du fils prodigue (Fig.1). Dans ces toiles, la figure du père est représentée par la statue d’un homme en redingote, œuvre emblématique du XIXe siècle, qui serait descendue de son socle pour enlacer le fils prodigue repenti. Bien entendu, cette œuvre peut être interprétée d’un point de vue autre que pathographique. Aussi, elle pourrait trahir l’aspiration de l’artiste à revenir à l’artisanat, à la tradition et à une réaffirmation du savoir-faire des générations précédentes d’artistes. En 1920, il publia d’ailleurs un article « Le Retour au métier » dans la revue artistique Valori Plastici. Il y vantait notamment la vertu du dessin à partir des statues, c’est-à-dire la reconnaissance de la statue comme un modèle pédagogique. Si cela peut ouvrir des pistes d’interprétation, cela ne va pas à l’encontre du fait que c’est l’image de la génération de son père qui est utilisée pour symboliser le retour à ce qui est perdu. La réunion personnelle est encore davantage soulignée grâce aux outils de dessin utilisés pour construire la figure du fils repenti puisqu’il s’agit de ceux que son père utilisait dans le cadre de sa profession. Ainsi, une double ironie transparait dans le monde temporellement discontinu de De Chirico où nous sommes envahis par l’étrange impression que ce n’est peut-être pas le fils qui revient mais mais implicitement aussi le père décédé, qui est descendu de son socle.

L’une des peintures qui illustre le mieux le parti pris patriarcal de De Chirico est la version de 1917 du Il grande metafisico (Fig.2). Entre 1973 et 1980, j'ai mené une étude approfondie de ce tableau, qui impliquait la création de trois versions tridimensionnelles de l'assemblage sculptural central, qui représente le grand métaphysicien. L’étude a également révélé bon nombre des principes clés qui sous-tendent l’utilisation par de Chirico de la perspective métaphysique. L’étude a également révélé plusieurs des principes clés qui sous-tendent l’utilisation de la perspective métaphysique par De Chirico, ses liens avec la peinture murale romaine antique et la manière dont les deux utilisaient des formes similaires de perspective linéaire et atmosphérique pour créer des mondes métaphysiques dédiés au culte des ancêtres.* Pour en savoir plus, voir : Giorgio de Chirico et la macchina metafisica 1973-1980 et Les Esprits Libérés – De Chirico et la Perspective Métaphysique

En ce qui concerne son parti pris patriarcal, l'étude a souligné le fait que la figure sculpturale centrale était une représentation métonymique de son père décédé, symboliquement vêtu des accessoires de sa profession (Fig.3). La présence quasi subliminale d'Ulysse située à l'extrémité de la place centrale confère au tableau une atmosphère de type Katabasis, qui impliquait non seulement le retour d'Ulysse dans sa famille, mais aussi celle du motif paternel central de la place. Pur en savoir plus sur les Katabasis, voir : Giorgio de Chirico e il Tempio dell'Immortalità.
The Return of the Prodigal Son 1

Bibliography
The Grand Metaphysician 1917 2 >
Bronze versions of the Grand Metaphysician 3