1. Pablo Picasso Des naïades dans une barque contemplent un faune mourant 1937
2. Pablo Picasso Minotaure tenant un cheval mourant 1936
3. Pablo Picasso La mort de Marat 1934
4. Pablo Picasso Meurtre 1937
Peut-être sa rencontre avec le village de montagne isolé de Gósol, qui était alors en grande partie habité par des femmes parce que les hommes travaillaient d’une manière itinérante à la recherche de travail occasionnel, lui a-t-elle également rappelé son enfance, qu’il a passée en compagnie de sa mère et de ses sœurs qui l’adoraient. Peut-être aussi la tendance à une domination matriarcale dans l’œuvre de Picasso a-t-elle commencé avant même son expérience de Gósol, lorsque, par exemple, en 1896, à l’âge de 13 ans, il a dessiné, à la manière de Rubens et Rembrandt, un portrait accompli d’un vieil homme fumant une pipe en argile seulement pour le retourner et dessiner au verso, aux crayons de couleur, un portrait de sa mère d’une tendresse émouvante et bien supérieur (Fig.1 et 2). Les carnets de croquis de cette période qui l’accompagnent mettent également en grande partie en valeur la présence réconfortante de celle-ci.
Même ses peintures cubistes, qui semblent à première vue constituées d'intérieurs et de natures mortes, se révèlent désormais comme des portraits féminins codés. Picasso, afin d’illustrer cette constatation au conservateur/critique Alfred Barr, dessina un jour les contours d’une de ses natures mortes cubistes pour faire ressortir la silhouette d’une femme. Il aurait prétendument ajouté qu’elle était donc…
une véritable nature morte.
La sexualité de Picasso était, dans une large mesure, liée au machisme espagnol et à son symbole par excellence : la corrida. Le symbolisme rituel de cette rencontre sanglante ne se résume pas à une dualité entre l'homme (le tueur) et le taureau (la fertilité et la puissance), mais s'apparente davantage à un ménage à trois. Le troisième protagoniste, une femme, est symbolisé par la muleta, cette cape rouge qui flotte comme une jupe, stimulant et provoquant le taureau à charger. Elle est à la fois provocatrice et protectrice (Fig. 3). Le sens littéral de muleta est « béquille », comme un support, suggérant ainsi que son rôle est de permettre au matador de tuer rituellement le taureau en lui enfonçant son épée entre les omoplates, et de mettre ainsi en scène rituellement les derniers instants de l'acte sexuel (Fig. 4).
Parfois, Picasso métamorphose le taureau en Minotaure, le tueur d'hommes héroïques, finalement terrassé à l’aide d’une femme. Le Minotaure, le taureau et le matador finissent par se confondre en projections autobiographiques, reflets des images contradictoires de l'artiste, à la fois matriarcales et machistes. Dans le monde matriarcal complexe où évoluait Picasso, le machisme était à la fois glorifié et nié. Son pinceau devenait l'épée, le poignard ou la flèche capable de transpercer le taureau, le Minotaure, la femme ou lui-même (
Figs.1-4 ) > .